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VAGUE DE CHALEUR : des conséquences suffocantes
La chaleur ! Voilà actuellement la sensation la mieux partagée
par les Maliens. Personne n'y échappe. Même si les
riches et les pauvres ne la ressentent pas de la même manière.
Et même si les conséquences ne sont pas faciles à
gérer pour tout le monde, elles font la fortune de certaines
personnes.
40 à l'ombre ! Nous ne sommes ni à Kidal ni à
Nioro du Sahel. Mais à Bamaniaré. 40° à
l'ombre de Tabacoro (Lafiabougou), la sensation est loin d'être
sentimentale parce que c'est l'insupportable canicule. On suffoque.
Même la densité de la circulation s'en ressent. En
effet, peu de gens osent affronter les puissants rayons solaires
qui les dardent depuis 7 heures du matin.
Femmes et hommes, jeunes et vieux, enfants et adolescents, animaux...
tout le monde recherche la grâce d'une ombre. Une grâce
qui, malheureusement, vous met à l'abri des rayons solaires
mais pas de l'éprouvante chaleur qu'ils dégagent.
Sous un manguier, un groupe de jeunes au torse nu sont réunis
autour du thé. Pas comme d'habitude parce que l'ambiance
y est aujourd'hui morose. L'atmosphère n'est pas à
la causerie. Au milieu du cercle formé, trône majestueusement
une glaciaire comme un Oasis dans le désert. Personne ne
se fait prier pour se servir régulièrement de l'eau
fraîche qu'elle contient. "Même l'eau fraîche
n'étanche plus la soif", constate Binette, une charmante
midinette dont la présence rend certainement la vie agréable
à cette bande de désuvrés. "Nous
achetons au moins cinq cents francs de glace tous les après-midi",
explique un jeune homme qui a apparemment du mal à trouver
le sommeil dans son hamac. C'est vraiment trop pour des gens qui
sont essentiellement des chômeurs. Le temps ne se prête
même plus à la sieste. La raison ? "Il fait chaud,
terriblement chaud", s'inquiète Papisco. La confession
ressemble à une lapalissade. Mais, personne ne réagit.
Le bonhomme, le crâne rasé porté par un physique
d'haltérophile, ajoute, "à ce rythme, nous allons
tous crever". Nous ne pouvons pas tous mourir, mais la vie
ne sera pas paradisiaque pour les survivants.
A quelques pas du "grin", Médor, le fidèle
carnassier, ne connaît pas un sort enviable à ses maîtres.
Il a succédé à la lavandière et somnole
dans une flaque de boue et d'eau sale. "Médor ne quitte
plus cet endroit et il a raison", explique Nagnouma, la "Bonne".
Dans sa position, Médor n'a en tout cas rien à envier
aux chiens de Niono qui passeraient la nuit dans les canaux d'irrigation
pour échapper aux... moustiques !
40 à l'intérieur de la vieille Sotrama reliant Lafiabougou
au marché de Médine. Le moteur toussote et s'échauffe
accentuant ainsi la chaleur qui règne dans le véhicule.
Les clients, pourtant peu nombreux en ce moment, sont tous couverts
de sueur. Les mouchoirs et autres Kleenex ne servent plus à
grande chose car inefficaces. Ils n'empêchent pas en tout
cas la sueur de dégouliner. Ça pue ! La présence
de deux "tachos" (filles ou dames dépigmentées)
n'est pas étrangère à cette puanteur. Dans
notre Sotrama, elles sont apparemment celles qui sont les plus affectées
par l'intense chaleur. Même si l'apprenti, "Petit Madou",
n'a plus la même ardeur à héler les clients.
Les passagers sont pressés d'arriver à destination.
Nous les abandonnons à l'arrêt de l'artisanat.
Beaucoup d'autres infortunés comme votre serviteur y débarquent
! Comme lui, leur premier réflexe est de s'acheter un sachet
d'eau supposée fraîche. Cette élégante
dame ne fait pas exception à la règle. Son enfant
lui dispute son sachet d'eau. Les petits vendeurs d'eau se frottent
les mains parce qu'ils réalisent de bonnes affaires. "Je
suis à mon 5è sceau depuis ce matin. Avec cette chaleur,
je peux vendre entre 1 500 et 2 500 F CFA par jour", reconnaît
Antimé, un petit Dogono (Dogon) qui ne doit pas certainement
regretter les falaises ancestrales. L'eau vendue n'est pas forcément
fraîche à cette heure de la journée. Mais les
clients s'en fichent car l'essentiel, pour beaucoup d'entre eux,
c'est de pouvoir mouiller la gorge pour tromper sa soif.
Au cur du Grand Marché, une vendeuse de jus frais est
harcelée par une clientèle de plus en plus nombreuse.
L'aide de sa bonne ne change rien à cette situation. A cette
place, elle vend le djininbéré (jus de gingembre)
et le dabléni (jus du dah rouge) qu'il pleut ou qu'il neige.
Mais pour elle, la canicule est le meilleur moment pour réaliser
les bonnes affaires. Discrète sur son revenu journalier,
elle se contente de sourire pour nous signifier qu'elle ne se plaint
point. Elle n'est pas la seule. La gérante de l'Alimentation
"Oasis" affirme avoir tripler ses ventes de boissons et
de jus. "Actuellement, je vends entre quatre et cinq casiers
de boisson par jour. Alors qu'il y a peu de temps, c'est à
peine si je vendais deux caisses", reconnaît-elle. Les
vendeurs de boissons, d'éventails, de ventilateurs, de climatiseurs
(voitures et maisons) et de leurs pièces détachées,
s'en pourlèchent les bambines.
Habitudes bouleversées
40 à l'ombre, les habitudes sont forcément bouleversées.
Les bureaux ne sont plus désertés à la mi-journée.
"J'arrive très tôt le matin. Je ne quitte plus
le bureau jusqu'à 17 heures voire 18 heures", affirme
une charmante secrétaire. Son maquillage a presque fondu
sous la chaleur parce que, suspendu au-dessus de sa tête,
le ventilateur qui doit la rafraîchir ne brasse que l'air
chaud. "Il ne me sert plus à rien si ce n'est chasser
les mouches qui pullulent maintenant", reconnaît-elle.
Elle envie naturellement son patron qui s'enferme, à partir
de midi, dans son bureau climatisé. "A partir de midi,
il ne sort plus. Personne n'ose le déranger au risque de
s'exposer à son humeur maussade. Nous nous organisons pour
programmer ses rendez-vous dans la matinée", précise
notre brave secrétaire. Leurs cas n'est pas isolés.
L'administration, les entreprises privées, l'informel...
vivent actuellement à ce rythme. Les ménagères
également. "Je m'arrange à faire toutes mes courses
dans la matinée. A partir de 10 heures, je n'ose plus sortir.
Avec cette canicule, il est inhumain d'envoyer même la bonne
en commission dans des endroits éloignés", affirme
Mme Nimaga Coumba Nientao. Une vendeuse du marché de Lafiabougou
confirme que, "contrairement à une certaine période,
les clients se font rares à partir de 11 heures. Les femmes
viennent faire leur achat depuis 7 heures. Ce n'est qu'entre 17
et 18 heures que l'on constate une relative affluence".
Les habitudes n'ont pas moins changé dans les familles. "Nous
dormons tous dehors depuis plus d'un mois", déclare
Moussa Fassery Traoré, un paisible chef de famille de Lafiabougou.
Si les autres membres de sa famille sont habitués à
ce changement de dortoirs, le patriarche est presque un novice en
la matière. Il le confesse d'ailleurs lorsqu'il dit, "je
n'avais jamais dormi dehors depuis que je me suis marié.
Et cela n'a pas été chose facile au début parce
que je n'arrivais pas à trouver le sommeil".
Polygame, les tours entre ses deux épouses s'en trouvent
perturbés. Ce n'est malheureusement pas le seul désagrément
qu'il doit gérer. "Avec l'utilisation permanente des
ventilateurs, du réfrigérateur, du robinet, etc.,
les factures sont de plus en plus salées. Mes factures d'eau
et d'électricité ont doublé en seulement deux
mois", dit MFT. Il n'est pas le seul à faire les frais
de cette canicule. Il n'est pas en tout cas plus éprouvé
que sa fillette qui, toute nue, frotte énergiquement son
dos contre le mur à défaut d'une main solidaire. Couverte
de petits boutons elle ne cesse de se gratter. "Tous nos enfants
sont couverts de boutons alors que nous dormons tous dehors. Je
passe la nuit à gratter leurs corps. Nous avons acheté
de la poudre de différentes sortes. Mais elles sont toutes
restées inefficaces", explique la première épouse
de notre homonyme. Un soucis de plus pour son époux. Comme
pour beaucoup d'autres pères de familles qui doivent faire
face aux charges suffocantes de la chaleur en cette période
de vache maigre.
Tandis que certains implorent la grâce de toutes les divinités,
d'autres prient ardemment pour que la canicule joue à la
prolongation afin de leur permettre d'épargner suffisamment
d'argent. Cela se comprend parce qu'on assaisonne toujours sa sauce
avec le bouc d'autrui. Ainsi va la vie à Bamaniaré
sous la torpeur et la canicule de 40° à l'ombre.
Moussa Bolly
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