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COIFFURE A BAMAKO : une rentabilité mitigée
La coiffure fait partie des canons de beauté et surtout
de l'arsenal de séduction de l'Africaine, de la Malienne
en particulier. Cet art suit les mutations de notre société.
Ainsi les traditionnelles coiffeuses sont aujourd'hui concurrencées
par des salons de coiffure plus ou moins modernes. Nous avons fait
un détour dans l'univers de cet art qui peut valoir au Mali
bien de prestige lors du Festival Folklife prévu le mois
prochain aux États-Unis.
Se faire belle, être toujours élégante pour
mieux séduire l'amant, le mari, le patron ou tout autre oiseau
solitaire ! Voilà une éternelle préoccupation
des femmes de tous les temps et de tous les âges. Et la coiffure
est un important canon de beauté. Bien faite, elle met en
valeur la beauté et le charme de la déesse et donne
à la laide un certain allant et beaucoup plus de charme.
Au Mali, la coiffure a été d'abord un élément
d'identification culturelle et sociale. Dans certaines communautés
comme chez les peuhls, c'étaient les esclaves et les gens
de castes qui tressaient les femmes nobles. Et dans des contrées
comme le Khaso, le Macina, le Bwatu... chaque coiffure à
une signification. Le modèle de coiffure permettait d'identifier
une nouvelle mariée, une veuve, une femme libre de tout engagement
(divorcée), une fille nouvellement excisée... Mais
l'amour, la déception, etc. s'exprimaient également
par la coiffure. Et les coiffeuses traditionnelles avaient la côte.
Elles avaient une place fondamentale et prépondérante
dans la cohésion au niveau des familles, de la communauté
et de la société parce qu'elles étaient avant
tout les confidentes des femmes, souvent des reines et de princesses.
Selon nos sources, la coiffure était, en général,
transmise de génération en génération
et de mère à fille.
La coiffure a beaucoup évolué parce qu'ayant suivi
les mutations socio-économiques et culturelles de notre société.
C'est ainsi que les traditionnelles coiffeuses traditionnelles ont
été petit à petit concurrencées par
les salons de coiffure qui foisonnent aujourd'hui dans notre capitale.
Il existe une bonne centaine de salons de coiffure réunis
sous la coupole de l'Association des coiffeuses et esthéticiennes
du Mali. Mais, à vrai dire, beaucoup de ces salons évoluent
beaucoup plus dans l'informel que dans un environnement professionnel.
Si on essaye de faire une sélection, il ne restera peut-être
qu'une trentaine de salons dignes de ce nom.
Cela est avant tout une question d'investissement évalué
entre 500 000 F CFA et 5 millions. A l'exception de cette promotrice
anonyme qui reconnaît avoir investi dix millions CFA dans
son salon situé sur la rive gauche du fleuve Niger à
Bamako.
La différence entre les salons se situent aussi au niveau
de la gamme de services proposés. Si certains se limitent
à la coiffure seulement, d'autres font aussi la pédicure,
la manucure et d'autres soins du corps et du visage. A cette fourchette
de services, une minorité parmi fait le massage. D'autres
font aussi le massage. La qualité du service est souvent
fonction du nombre et de la qualité des employés qui
ne sont pas forcément tous de nationalité malienne.
Tout comme les promotrices d'ailleurs.
Le "Peigne d'or" de Boulkassoumbougou est l'un des salons
les plus prestigieux de notre capitale. Il appartient à une
charmante Sénégalaise du nom de Fatou N'Diaye. Elle
emploie quatre filles dont une Nigérienne. Coiffeuse de profession,
Fatou pense que pour se lancer dans cette activité, il faut
"nécessairement avoir un diplôme, suivre une formation
soit dans une école de coiffure et d'esthétique ou
dans un salon de coiffure digne de ce nom". Elle soutient que
toutes ces employées ont subi une rigoureuse formation avant
d'être responsabilisée. Ses clientes rencontrées
disent être satisfaites des prestations de ses employées
surtout de la promotrice elle-même.
"Aïcha Coiffure", Korofina-Nord, a vu le jour suite
à l'investissement d'une Togolaise. Ce salon emploie 3 employées
dont une Malienne, une Sénégalaise et une Béninoise.
Comme chez Fatou, toutes ses employées ont suivi une formation
avant de commencer à travailler. "Kami Coiffure"
appartient à Ivoirienne qui emploie une concitoyenne et deux
Maliennes.
Des salaires décents
Dans cette profession, il n'y a pas de base salaire clairement définie.
Le salaire est un accord entre la promotrice et l'employée.
Mais d'une manière généralement, la moyenne
des salaires varie entre 15 et 40 OOO F CFA/par mois. A "Aïcha
Coiffure" par exemple, le salaire moyen d'un employé
est de 25 000F par mois. La plus ancienne a 35 000F par mois, la
seconde dans l'ancienneté a 25 000F et la troisième
20 000F. Par contre, à "Kami Coiffure", le salaire
moyen d'un employé est de 40 000F. Des bonus y sont accordés
en fonction de l'évolution du marché. Par exemple
à la veille des fêtes religieuses ou de fin d'année,
il plus de travail et les revenus augmentent. La promotrice accorde
alors à ses employés des bonus.
Mais très peu d'employées bénéficient
d'une couverture sociale. Elle ne s'en plaignent pas pourtant. "Mon
salaire me permet de vivre décemment. Je ne dépends
plus de personne. En plus, avec ce que je gagne, je peux aider ma
famille. Je pense que dans mon quartier, beaucoup de camarades m'envient
à cause de ce travail", soutient Bintou, employée
dans un salon de Lafiabougou. "Ce salaire vaut mieux que rien.
Beaucoup de filles n'ont pas la chance de disposer d'un salaire
honnête et mérité à la fin de chaque
mois. Mon salaire ne permet de pas vivre au crochet de quelqu'un
ou de me prostituer", soutient Ramata, employée dans
un salon de Faladié. Pour Baïni, un des rares employés
du milieu, "je travaille dans ce salon de coiffure depuis plus
de dix ans. Au début j'avais des problèmes parce que
je n'avais pas la main. Je ne pouvais donc pas prétendre
à un certain salaire. Mais, aujourd'hui, je suis convenablement
payé. C'est avec mes économies que je me suis récemment
marié". Ce qu'il ne dit pas, c'est qu'il va bientôt
ouvrir son propre salon de coiffure et d'esthétique. En plus
du salaire, les employés qui ont la chance de travailler
dans un salon huppé peuvent compter sur la générosité
de la clientèle nantie.
Une rentabilité mitigée
Les promotrices son peu bavardes sur la rentabilité de leur
investissement. Pour Fatou N'Diaye, la multiplication des salons
joue sur les revenus parce que la clientèle circonstancielle
est partagée. En conséquence, tout tourne au ralenti.
"Il y a plus de salons que de clients. La concurrence fait
que certains font le travail à n'importe quel prix",
s'offusque une promotrice rencontrée à Magnambougou.
Cette concurrence ne se situe pas au niveau des seuls salons. Les
coiffeuses traditionnelles maintiennent leur clientèle qui
est généralement constituée des connaissances.
"Se coiffer dans un salon est considéré comme
un luxe pour beaucoup de filles. Mêmes celles qui ont envie
d'y aller n'ont pas souvent les moyens de le faire. Ici, tout le
monde peut se faire coiffer. Le prix est fonction du modèle
et surtout de nos relations avec la cliente", souligne Djénéba
Doumbia installée à l'ombre devant leur maison. Elle
ajoute, le revenu dépend des périodes. A l'approche
des fêtes, je peut gagner jusqu'à 100 000 F CFA par
mois". Une somme nette puisqu'elle ne paye ni impôt ni
TVA.
Beaucoup de promotrice se plaint de la fiscalité trop élevée
pour elles. Certains avouent qu'elles pouvaient payer jusqu'à
600 000 F d'impôts par an. Une somme revue aujourd'hui à
la baisse (300 000 F) suite aux nombreuses plaintes suivies de négociations.
"Les impôts et taxes ruinent beaucoup de promotrice.
Ils sont disproportionnés par rapport à nos revenus.
Certaines préfèrent donc fermer leurs salons que travailler
pour uniquement payer les impôts", affirme M.B.H, propriétaire
d'un salon à l'Hippodrome.
Les promotrices étrangères se disent les plus touchées
par cette lourde fiscalité. "Les Maliennes négocient
et obtiennent des arrangements qui leur permettent de contourner
le fisc", déclare l'une d'elles. En plus des impôts
et taxes, elles trouvent que les frais de locations et le coût
élevé de l'électricité amenuisent leurs
revenus. Quant aux employées, elles se plaignent surtout
des caprices des patronnes et surtout des clientes extravagantes.
Presque toutes les promotrices se plaignent des taxes et impôts.
Cela réduirait sérieusement leur marge bénéficiaire.
Une perte qui n'empêche pas pourtant les salons de pousser
abondamment comme des... cheveux !
Mariam Cissoko et Moussa Bolly
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