Journal malien d'informations générales, d'analyse et d'investigation paraissant 3 fois par semaine

La défense des causes justes est la garantie de notre impartialité, ce .

 

DECENTRALISATION AU MALI : une alternative à l'instabilité du personnel

Les ressources humaines et financières constituent des éléments clefs pour la réussite du processus de décentralisation au Mali. Malheureusement, c'est ce qui manque le plus à nos communes aujourd'hui. Le processus d'autogestion est presque bloqué au niveau de la majorité d'entre-elles parce que, sans argent, il est difficile de trouver un personnel valable. Et sans cette ressource humaine, la décentralisation n'atteindra jamais ses objectifs.

"Impossible de travailler dans nos communes parce que rien n'est fait comme il faut. Les maires s'entêtent dans leurs erreurs et les citoyens refusent de payer les impôts. L'incompétence des élus et surtout l'incivisme des citoyens sont aujourd'hui deux maux qui entravent le processus de décentralisation..." : ces propos sont d'un ex-jeune secrétaire général qui a tourné sa bosse dans plusieurs communes de la préfecture de Kadiolo (480 km, extrême Sud de Bamako). Il est allé d'une commune à une autre sans jamais avoir un cadre de réalisation de son ambition : valablement contribuer au processus de la décentralisation. Et, finalement, il est revenu à Bamako pour essayer de prendre un nouveau départ.
"Dans certaines communes, je pouvais faire deux à trois mois sans être payé parce que les impôts ne rentraient pas. Que nous soyons payés ou non, ce n'était pas le problème du maire. Puisque la situation financière et administrative ne cessait de se détériorer, j'ai décidé de retourner à Bamako afin de scruter d'autres horizons et surtout pour tenter ma chance au concours d'entrée à la Fonction publique", explique-t-il. Et le cas de ce jeune diplômé de l'École Nationale d'Administration (ENA) de Bamako n'est pas un cas isolé. Sur les listes des concours d'entrée à la Fonction publique, on trouve beaucoup de jeunes diplômés déçus par leur expérience dans les communes rurales. "A mon retour, j'ai retrouvé beaucoup de mes camarades de promotion à l'ENA qui étaient pourtant tous partis à l'intérieur du pays comme secrétaire généraux", explique notre interlocuteur.
Ce n'est pas le seul témoignage en la matière. "Je vous assure que certains secrétaires généraux ne font pas plus de trois mois dans des communes. Ils fuient. Pour beaucoup, nous sommes des fainéants habitués aux plaisirs de la vie citadine. Ils ne peuvent pas imaginer ce que nous pouvons endurer dans ces zones rurales. Nous ne sommes pas tous partis dans ces contrées par désœuvrement. Certains, même minoritaires, avaient vraiment l'ambition de rester pour contribuer à la réussite du processus de la décentralisation. Un administrateur s'attend à servir partout. Mais, il n'y a pas de plan de carrière dans les nouvelles communes. Les maigres conditions de travail ne cessent de se détériorer. Pis, pour certains élus, nous sommes des forçats qu'on leur a envoyés", témoigne Amadou Sy, un autre ex-Secrétaire général travaillant actuellement au compte d'une ONG. Là au moins, l'expérience acquise dans la commune l'a privilégié.
Cette situation, de plus en plus alarmante, liée au départ des secrétaires généraux risque, à la longue, de plonger nos communes dans une crise de fonctionnement. Si elle ne bloque pas tout le processus de décentralisation ! Le jeudi dernier, le ministre de l'Administration territoriale et des Collectivités locales reconnaissait devant les élus de la nation que, pour la réussite du processus, "le défi majeur reste la faiblesse des capacités humaines et financières". Et le départ massif des secrétaires généraux constituant la cheville ouvrière de l'administration communale n'est pas de nature à faciliter le relèvement de ce défi.
Dans un précédent article (cf. Le Reflet N° 309 du lundi 24 mars 2003) nous faisions cas des difficultés rencontrées par ces fonctionnaires communaux, surtout dans les zones rurales. Elles se résumaient à la précarité de l'emploi, à l'absence de couverture sociale (INPS), les disparités entre les rémunérations d'une commune à une autre ou d'une région à une autre... Ces difficultés, pour nos interlocuteurs, sont en partie liées à la non-application de la loi N 95-002 du 20 mars 1995 portant statut des fonctionnaires des Collectivités territoriales (régions, cercles, communes urbaines ou rurales).
Ces difficultés expliquent largement la démotivation qui fait que les jeunes fonctionnaires abandonnent leur poste de secrétaire général en essayant de faire carrière dans la Fonction publique, le privé, l'informel et les ONG. En attendant les textes d'application de la loi N° 95-002 du 20 mars 1995, certaines Collectivités ont trouvé de meilleures alternatives pour garder leurs fonctionnaires. Leurs fonctionnaires proposent en effet de bénéficier de la nouvelle grille élaborée pour les conventionnaires de l'administration publique. Celle-ci est instituée par le décret N° 00-038/P-RM du 27 janvier 2000 fixant les conditions de travail du personnel de l'administration relevant du code de travail (conventionnaires).
Certaines Collectivités territoriales ont déjà procédé à la transposition de leur personnel sur ce décret en attendant les textes d'application de la loi 95-002. Il s'agit surtout de Kati et des communes du district de Bamako. La commune urbaine de Sikasso est bien avancée sur la voie de cette transposition. Pour les travailleurs communaux que nous avons rencontré à Sikasso et Bamako, le décret offre plus d'avantage que la Convention collective fédérale du commerce (CCFC) dont ils relèvent actuellement. Et, qui plus est, la transposition qu'ils réclament à cors et à cris permet d'éviter l'instabilité du personnel qui y trouve un véritable plan de carrière. Cette alternative mérite donc d'être sérieusement étudiée surtout qu'elle permet de combattre un phénomène qui menace la réussite de l'ambitieux processus de décentralisation.
Moussa Bolly

Accueil
Redacteur en chef
Retour à Média Mali
© 2003- Le Reflet, journal malien d'informations générales, d'analyse et d'investigation - Directeur de publication : Abdoul Karim Dramé
Dernière mise à jour 10/05/03 - M. Talata