INVESTISSEMENT
AU MALI : un Malien de France perd 15 millions dans une transaction
foncière
Les Maliens de l'extérieur sont généralement
désireux de construire quelque chose au pays mais les risques
d'escroquerie qu'ils courent sont de nature à contrarier
leurs ambitieux projets.
"ATT nous a conseillé d'envoyer au Mali 90 F sur chaque
100 F que nous gagnons. J'ai suivi son conseil mais j'ai perdu l'argent
que j'ai envoyé." Voilà ce que nous a confié
Sibiri, un Malien vivant en France. Il ne cache pas son dépit
par rapport aux difficultés qu'il éprouve à
avoir un moyen sûr pour envoyer de l'argent au pays. "J'utilisais
la voie bancaire, mais j'ai eu des mésaventures pratiquement
avec toutes les banques de la place. En venant maintenant, j'ai
dû prendre une carte de crédit internationale",
révèle-t-il.
Sibiri est un chat échaudé. Naturellement il craint
l'eau froide. Il vient d'être victime d'une escroquerie dans
une transaction foncière. "Je voulais acheter un terrain
dans le cadre d'un important projet d'investissement avec des investisseurs
étrangers. J'ai fait la transaction depuis la France. Les
papiers qu'on m'a envoyés comme étant le titre foncier
ne sont que de simples copies. Or j'ai engagé une somme de
15 millions de F CFA dans la transaction", explique-t-il, amer.
La réalisation de cet important projet d'investissement qui
aurait pu donné de l'emploi à des centaines de jeunes
maliens est sérieusement compromise. Rien qu'à cause
des difficultés d'acquisition du terrain. Quelques escrocs,
par leurs agissements malsains, bloquent ainsi les chances d'accès
des centaines de jeunes maliens à un emploi. Le projet d'investissement
porte sur la construction d'un complexe abritant une école
pour enfants déshérités et une entreprise.
L'entreprise générera des fonds pour soutenir l'école.
Car les enfants déshérités sont admis gratuitement
à cette école.
Le cas de Sibiri est loin d'être isolé. L'un des soucis
majeurs des Maliens de l'extérieur reste de nos jours les
voies sûres de transfert d'argent. Et à qui envoyer
l'argent. "Impossible de faire confiance à qui que ce
soit", dit-il. Même s'ils sont désireux de faire
des investissements dans leur pays, les Maliens de l'extérieur
se trouvent freinés dans leur volonté à cause
des risques d'escroquerie qu'ils courent.
On a longtemps reproché aux Maliens de l'extérieur
d'ignorer leur pays dans les investissements. Dans les années
70, les Maliens qui avaient fait fortune au Congo, au Zaïre,
au Nigeria, avaient préféré construire des
buildings sur place. Au cours des événements xénophones
des années 80, beaucoup ont été expropriés
de leurs biens colossaux. Certains ont même tout perdu. Ils
sont retournés au bercail les mains vides.
Ces épisodes dramatiques ont servi d'exemples pour les nouvells
générations d'émigrés maliens. La plupart
s'empressent d'investir au Mali. Mais il y a toujours des escrocs
pour abuser de leur confiance. Les anecdotes sont nombreuses concernant
les Maliens de l'extérieur qui ont envoyé des fortunes
à un parent ou à un ami pour la construction d'une
maison et qui, à leur retour au pays, tombent des nues, parce
qu'ils constatent que l'argent a été dilapidé.
La plupart des cas, les frères et amis des émigrés
les considèrent tout simplement comme des vaches laitières
qu'il faut traire jusqu'au sang. Les autorités doivent s'intéresser
à cette question. Pour trouver des moyens sûrs d'investissements
pour les Maliens de l'extérieur qui veulent construire quelque
chose au pays. Le président ATT qui ne rate pas d'occasion
pour les exhorter à investir au pays, ne manquera certainement
pas de prendre des mesures dans ce sens. Et rapidement. Car il est
difficile pour les Maliens de l'extérieur de convaincre des
investisseurs étrangers à venir au Mali s'ils ne sont
pas à l'abri des escrocs.
Pour recouvrer l'argent qu'il a engagé dans la transaction
foncière, Sibiri a engagé des poursuites contre les
personnes qui ont abusé de sa confiance. Toutes ces démarches
coûtent de l'argent et de l'énergie. De quoi décourager
toutes les bonnes volontés.
B. A. Touré
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