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Liberté de la presse : quand l'introspection devient l'autoflagellation !
La journée internationale de la presse est l'occasion, chaque année, pour les professionnels des médias au Mali d'un exercice d'introspection qui ne doit rien à l'autoflagellation. Comme pour dire que consacrer une journée à l'autocritique ne ferait pas de mal à ceux-là mêmes dont le travail consiste à fouiller dans l'arrière-cour des autres. La démarche est louable et démontre une certaine modestie de la part des journalistes qui, tout donneurs de leçons qu'ils sont la plupart du temps, sont prêts à reconnaître qu'ils ne sont pas non plus parfaits.
La profession a accepté de mettre sous les feux de la rampe ses misères, ses mystères ainsi que ses lacunes criardes au cours du débat qui a réuni samedi à la Maison de la presse quelques personnalités des médias, en l'occurrence, le ministre Gaoussou Drabo, le Directeur général du quotidien national sénégalais, Le Soleil, El Hadj Kassé, le président sortant du Conseil Supérieur de la Communication, Mamadou Kaba, ainsi que de nombreux journalistes.
Les misères de la presse ne sont autres que les mauvaises conditions de travail des journalistes, la précarité dans laquelle se débattent pratiquement tous les organes de presse. Quant aux mystères, ils renvoient à l'extraordinaire capacité de survie des organes presse privée. Une capacité qui ne manque pas d'étonner leurs confrères installés dans le confort douillet des subventions gouvernementales. Les lacunes, elles, se déclinent en terme de niveau intellectuel des journalistes, la plupart du temps, au-dessous de la moyenne. Elles concernent également le nombre infime de praticiens de la presse qui ont appris au moins les rudiments de la profession.
Mais à trop tirer sur la corde de ses propres défauts, la presse malienne risque d'éroder le peu de crédit qu'elle garde encore aux yeux de l'opinion. Certaines critiques émises par les journalistes eux-mêmes tendent à faire croire que l'espace de liberté accordé à la presse est un boubou trop large pour elle. Qu'elle en abuse simplement au lieu d'en user correctement. Etonnant non ? Les journalistes maliens semblent dire : "Nous sommes trop libres. Notre trop grande liberté nous pousse au libertinage. Bridez-nous." Pendant ce temps, nos confrères ailleurs partout au monde se plaignent des restrictions de liberté dont ils sont victimes. Les rapports des associations internationales de presse, faisant le décompte macabre des journalistes tués dans l'exercice de leur métier, en sont une preuve éloquente.
Les cris des journalistes appelant à les brider, ne tombent guère dans l'oreille des sourds. Ils trouvent un écho favorable dans les déclarations de ceux qui ne seraient pas mécontents de voir l'espace de liberté de la presse devenir une camisole de force au lieu d'un boubou ample. Gênés par la presse, ils s'empressent d'ajouter une couche de peinture pour noircir davantage le tableau peint par les journalistes eux-mêmes. Aujourd'hui plus que par le passé, les critiques qui confinent au dénigrement contre la presse sont légion dans les déclarations de certains officiels. On ne manque plus d'occasion de s'ériger en donneur de leçon, enjoignant à la presse le respect de l'éthique et la déontologie.
Qu'ils lèvent le doigt ceux qui n'ont jamais pêché. Bien entendu, les journalistes ne doivent pas prétexter les inconduites des autres pour pêcher. Mais à montrer une trop grande frénésie à vendre leurs lacunes, les journalistes risquent de se les coltiner pour toujours. C'est la même mésaventure qui est arrivée à la justice. L'avalanche des dénonciations de la corruption de la justice a laissé croire qu'il n'y a plus de juge honnête au Mali. Or c'est loin d'être le cas.
Partout au monde, les accusations de violation de la déontologie fusent contre la presse de la part de ceux qu'elle dérange. En Angleterre et aux Etats-Unis, les médias ayant choisi le scandale comme créneau sont qualifiés par leurs détracteurs de presse de caniveaux. En France, même Le Monde, le respectable quotidien parisien, n'échappe aux accusations de manquements aux règles sacro-saints du traitement de l'information que Monsieur tout le monde croit maîtriser plus que les journalistes.
Les sermons à l'endroit de la presse malienne prennent de plus en plus l'allure de coups de semonce. Les journalistes ne sont pas étrangers à cette dérive dangereuse à terme pour la liberté de la presse.
Bréhima A. Touré
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Dernière mise à jour 4/05/03 - M. Talata