GREVE
A LA MINE D'OR DE SADIOLA : le comité syndical viole le Code
du travail
Les travailleurs de la mine d'or de Sadiola sont en grève depuis
le mercredi dernier. Une grève que la Direction de la Semos-SA
ne comprend pas et qui, de surcroît, est jugée illégale
par la Direction régionale du travail de Kayes. En effet, le
syndicat n'a pas épuisé toutes les voies de règlement.
Les activités de la mine d'or de Sadiola (Kayes) sont actuellement
paralysées. Les travailleurs de la mine viennent de déclencher,
depuis mercredi dernier, une grève de 72 heures. Celle-ci
fait suite à l'échec de la tentative de conciliation
initiée par la Direction régionale du travail de Kayes.
Cette tentative de conciliation entre les 2 parties, Direction de
la Semos-SA et le Comité syndical, est conforme à
l'article 219 du Code de travail. Les négociations ont été
axées sur les 9 points de revendications consignés
dans le cahier de charge des doléances. Mais, "après
avoir discuté de long en large ces revendications, le comité
syndical, par la voie de son secrétaire général,
affirmait que la Direction de la Semos-SA, en subordonnant la satisfaction
de leurs doléances à la relecture de la convention
des mines, a voulu délibérément fermer les
portes aux négociations internes", souligne M. Moussa
N'Faly Diakité, le Directeur régional du travail de
Kayes, dans son rapport adressé au ministre du Travail et
de la Fonction publique.
Le comité syndical a donc mis en exécution sa menace
de grève. Mais, il est apparaît que ce mouvement est
illégal parce que non conforme à l'article L. 224
du Code de travail. Après l'échec de la tentative
de conciliation, le différend devait être soumis au
Conseil d'arbitrage et ce conformément à l'article
L. 225. "Il faut rappeler que le recours à la grève
est interdit, autrement dit illicite, avant l'épuisement
des voies de règlement prévues par la législation
: conciliation et arbitrage...", avertit M. Diakité,
dans une correspondance adressée au secrétaire général
du comité syndical de la Semos-SA. Mais cela n'a rien changé
à la détermination des syndicalistes.
Pour la Direction de la Semos, cette grève est inopportune
parce qu'il n'y a pas eu d'échec dans les négociations.
La Convention collective des travailleurs de mine et de l'industrie
minière apparaît comme la pierre d'achoppement entre
les deux parties. Celle-ci est actuellement en cours de relecture
parce que ne répondant plus à l'évolution du
secteur minier. En effet, au moment où cette convention a
été élaborée, il n'y avait pas d'industries
minières au Mali. Les mines étaient surtout exploitées
de manière artisanale. La relecture en cours est acceptée
par l'État, les entreprises minières et les comités
syndicaux. Elle permettra de fixer le cadre juridique de référence
pour les travailleurs et leurs employeurs. Et les responsables des
sociétés minières, ceux d'Anglogold en particulier,
se disent prêts à se conformer à ses dispositions
selon les mines, les régions et les sociétés
sur la base d'un accord particulier. Cette convention doit surtout
fixer les rémunérations et les différentes
primes. Elle régit l'ensemble du secteur minier et de l'hydraulique.
La Semos-SA attend donc la finalisation de la future convention
pour négocier des probables augmentations des salaires. Et
pour montrer sa bonne foi, elle a donné satisfaction à
plusieurs doléances. Ainsi, la Direction accepte d'augmenter
les salaires en fonction du taux d'inflation dans la région
de Kayes. Celui-ci est officiellement de 3 %. Cette augmentation
devait être appliquée sans attendre la finalisation
de la Convention. En plus, la Semos-SA a accepté la construction
de 75 nouveaux logements décents pour les travailleurs. Et,
enfin, elle a accepté les options sociales réclamées
par le comité syndical en plus de la couverture sociale (INPS).
Mais pour le reste, elle juge prématuré de prendre
une décision sur le volet financier qui risque d'être
contraire à la législation une fois la Convention
élaborée. Elle a en tout cas donné toutes les
garanties de se conformer à celle-ci une fois entrée
en vigueur.
Puisque la grève est jugée illégale par la
Direction du travail, la Semos-SA a délégué
un notaire pour constater les faits. Néanmoins, elle se dit
toujours ouverte au dialogue pour trouver une solution idoine aux
doléances de ses employés estimés à
un millier.
Selon nos sources d'informations, la relecture de la Convention,
dont la fin était prévue pour décembre dernier,
est bloquée par le Synacom qui a quitté la table des
négociations. Dans un premier temps, elle a avait comme argument
que le texte en discussion ne prenait pas en compte les fonctionnaires.
"Lorsque nous les avons contrés par des arguments solides,
les comités syndicaux sont descendus à la base pour
essayer de négocier sur les Accords d'établissement
au niveau de chaque mine. Et, paradoxalement, ceux-ci reflètent
la Convention négociation. Ils veulent sans soute jouer au
plus malin en essayant d'avoir gain de cause sur les deux côtés",
souligne M. Amadou Sanoussi Daffé, président des opérateurs
économiques miniers. Il représente le patronat dans
les négociations sur la Convention. Il ajoute que "l'attitude
des travailleurs est irresponsable parce que découlant de
la simple volonté d'obtenir gain de cause par le chantage".
Il est d'avis que "les sociétés d'exploitation
font preuve de bonne foi en donnant satisfaction presqu'à
toutes les doléances sociales. Mais, actuellement, le volet
social n'est pas facile à négocier à cause
de ces incidences. Si nous donnons satisfaction à leurs doléances
d'augmentions de salaires, cela risque de tuer toutes les mines
du pays d'autant plus que d'autres augmentations sont prévues
dans la nouvelle Convention en négociation". Il faut
préciser que les Comités syndicaux réclament
entre 30 et 50 % d'augmentation des salaires. Et, surtout que leurs
militants figurent parmi les mieux payés du pays avec une
moyenne de 250 000 F CFA par mois.
Tout comme la Semos-SA, les opérateurs économiques
miniers se disent toujours ouverts au dialogue. "Mais il faut
privilégier l'intérêt national. En agissant
de façon responsable et évitant de tuer les mines
et l'économie nationale", souligne M. Daffé.
Une rencontre était prévue hier, vers 14 heures, entre
les opérateurs miniers et les comités syndicaux réunis
au sein du Synacom.
Il faut rappeler qu'une question liée à l'insuffisance
de l'ancienne convention (prime de rendement) pollue l'atmosphère
également dans la mine d'or de Morila (Bougouni) où
les préavis de grève se sont un moment multipliés.
Mais, le bon sens des uns et des autres a permis de prévaloir
le dialogue jusqu'à l'épuisement de toutes les voies
de règlement. C'est cela aussi la liberté syndicale
qui doit s'exerce sans porter atteinte à la législation
en vigueur.
Moussa Bolly
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