LUTTE
CONTRE LE PALUDISME AU MALI : Le "Projet moustique" privilégie
l'éducation
Avec des victimes (enfants surtout) toutes les 30 secondes, le
paludisme est l'ennemi public N°1 en Afrique, particulièrement
au Mali. Mais après des décennies de combat, l'endémie
ne cesse de croître. Ce qui suscite beaucoup d'interrogations
et surtout de débats par rapport à l'efficacité
des stratégies de combat. Aujourd'hui, un acteur s'est engagé
avec une approche novatrice visant à combattre l'agent de
contamination du plasmodium : le moustique ! Le "Projet moustique"
privilégie l'éducation comme stratégie de changements
de comportements. Et, apparemment, cela porte des fruits.
Vendredi dernier, dans l'après-midi, il y avait de l'ambiance
dans l'école de Base "Apecda". Ce n'était
pourtant ni la récréation ni la descente. Sous des
manguiers, des élèves et des enseignants formaient
un cercle aux dimensions peu conformes. Quelques curieux se sont
invités au rassemblement. Au milieu, une femme et un homme
focalisaient l'attention de l'assistance. Jeu-concours ? Cela y
ressemblait ! En tout cas, celle que certains ne cessent d'appeler
"Soso muso djèman" (anophèle blanche) donna
le signal. La musique s'enchaina sur une aire d'épopée
manding. Mais le texte était axé sur les ravages d'un
mal endémique connu des Maliens depuis la nuit des temps
: le paludisme. La chanson était reprise en refrain par des
centaines d'enfants. Ils s'y connaissaient.
Au chant, succèda aussitôt un conte populaire bambara
qu'on pourrait intituler "les animaux au chevet du lion malade".
Mais tout cela visait apparement à focaliser l'attention
de ces jeunes enfants sur les conséquences de la maladie
qui "est le premier ennemi des hommes et des animaux"
comme nous le dira plus tard une petite fille. Et le conte cèda
la place aux questions. Qu'est-ce qui donne le paludisme ? Qu'est-ce
que l'anophèle femelle ? Pourquoi pique-t-elle les gens ?
Comment se protéger contre sa piqûre ? Et comme une
leçon bien assimilée, les réponses fusaient
: l'anophèle est la femelle du moustique dont la piqure donne
le paludisme. Elle pique parce qu'elle a besoin du sang pour nourrir
ses ufs. Pour combattre les moustiques, il faut assainir son
cadre de vie ; vivre dans les meilleures conditions d'hygiène
; éviter la stagnation des eaux usées ; dormir sous
une moustiquaire... Les réponses étaient récitées
par les enfants entre les chants d'information de la "Troupe
Anophèle".
Cette manifestation, qui avait l'aire d'une évaluation, se
situait dans le cadre des activités d'éducation du
"Projet moustique". Une initiative de la plus Malienne
des Algériennes : Rabia Souhlal dite "Zaar". "Soso
muso djèma" est spécialiste d'IEC, surtout d'élaboration
des outils pédagogiques en milieux scolaire et communautaire.
"C'est au cours d'une enquête épidémiologique
que je me suis rendue compte des ravages du paludisme qui est avant
tout une maladie des pauvres. J'ai constaté que les populations
ne faisaient pas la correlation entre les habitudes de l'anophèle
femelle et le paludisme à cause de certaines croyances",
explique Zaar. Généralement, les populations lient
l'aspect pernicieux du paludisme aux mauvais sorts, à "l'oiseau"...
C'est cette tendance que le "Projet moustique veut inverser
pour combattre le palu. Il veut faire en sorte que les populations
comprennent que tant qu'elles vont cohabiter avec les moustiques
et l'insalubrité, elles ne seront pas à l'abri de
cette maladie. Pour chef du projet, sa stratégie répose
sur trois axes : Sanya (proprété), sanké (moustiquaire)
et dogotorosso (centre de santé)
Sur le premier axe, il faut agir de sorte à amener les populations
à changer de comportement, à adopter un nouvel état
d'esprit pouvant aboutir à la destruction des gites larvaires
par à l'assainissement et l'hygiène. Le second axe
privilègie les moustiquaires. Pas forcément imprégnées
car, pour Souhlal, "cela n'a pas d'importance. L'essentiel,
c'est de dormir sous une moustiquaire de bonne qualité vous
mettant à l'abri de la piqure de l'anophèle femelle".
Et, afin, le projet éduque les populations afin qu'elles
aient le reflexe de réagir dès l'apprition des premiers
symptômes du palu. "A ce stade, avec 200 F CFA, on peut
guérir un malade. Mais lorsqu'on laisse la maladie atteindre
le seuil de la complication, le traitement devient très cher...",
explique Zaar. La réalisation de ces objectifs est axée
sur l'éduaction car le chef du projet explique que, "je
ne sensibilise pas, mais j'éduque". Parce que pour elle,
on a dépassé le seuil de la sensibilisation car les
gens sont conscients de la menace. Mais, ils restent figer dans
leurs comportements.
Avec l'aide de la coopération canadienne et l'ONG française
"Ecoles du Sahara", le projet expérimente, depuis
bientôt trois ans, ses outils pédagogiques dans deux
écoles de base de Daoudabougou et dans cinq CESCOM du district
de Bamako. Dans le domaine scolaire, le projet forme les enseignants
et des élèves à la maîtrise de ses outils
d'éduaction. Et, par la suite, les enseignants formés
doivent prendre le relais. Le projet collabore à cet effet
avec l'Association pour la promotion de l'école de base à
Daoudabougou (APECDA).
A ce niveau, le seul handicap, est le niveau bas de certains maîtres
qui n'ont apparement pas bénéficié de formation
pédagogique digne de ce nom. Mais, apparemment, l'éduaction
porte ses fruits au niveau des élèves bénéficiaires
du programme qui sont mieux informés que quiconque sur l'anophèle
femelle, ses habitudes et les moyens de se prémunir contre
elle. La participation active des élèves de l'école
de base Apecda à la manifestation du vendredi dernier en
est la preuve. Et cela fait au projet, des centaines de relais dans
les familles et dans les communautés.
Si les autorités, surtout au niveau des CESCOM, ne soutiennent
le "Projet mousqtique" que du bout des lèvres,
ses différents outils pédagogiques sont de plus en
plus utilisés dans la lutte contre le palu au niveau national,
surtout lors de la Journée africaine de lutte contre cette
maladie endémique. Et des partanaires croient à son
éfficacité. Certains l'ont sollicité pour développer
des outils d'éducation liant les vecteurs de contagion qui
font le plus de ravage dans le pays voire sur le continent : "Moustique
et VIH". Et cela, dans l'espoir d'un changement radical des
comportements.
L'art contre le palu
Dans l'exécution de ses activités, les responsables
du "Projet Moustique" se servent aussi de l'art et surtout
de la musique, pour éduquer leurs cibles. C'est ainsi que
la "Troupe Anophèle" a vu le jour. Elle est composée,
en plus de Rabia Souhlal, de la virtuose Madina N'Diaye (chants,
kora et karignan), Mme Samaké Fatoumata Sangaré "Soso
muso fiman" (chant et yabaara) et de M. Bessy Samaké
(interprète). Les chansons sont composées par Souhlal,
qui est avant tout une artiste accomplie, et traduites par Madina
et Fifi.
Les prestations de la troupe sont généralement introduites
par un conte. "Pour captiver l'attention de l'assistance, surtout
des enfants, il n'y a pas mieux que la musique et les contes",
explique Zaar. Avec des compositions simples, mais très originales,
le projet parvient ainsi à véhiculer des messages
sur la nuisibilté de l'anophèle, les avantages de
l'hygiène, de l'assainissement et de la moustiquaire. Des
compositions qui plaisent assez aux enfants qui ne se faisaient
pas prier pour les reprendre, en refrain, vendredi dernier. Il serait
donc intéressant qu'on puisse utiliser ses chansons au niveau
national parce qu'elles ont incontestablement un impact positif
sur les changements de comportements. En tout cas, elles permettent
aujourd'hui, aux messages d'éducation du "Projet moustique"
d'atteindre leurs cibles. N'est-ce pas l'essentiel dans un combat
?
Moussa Bolly
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