Journal malien d'informations générales, d'analyse et d'investigation paraissant 3 fois par semaine

La défense des causes justes est la garantie de notre impartialité, ce .

 

PRESIDENCE DE L'UNION AFRICAINE : Alpha fait peur à Gbagbo
Après avoir mis le feu à son pays par ses déclarations hystériques, le voilà qui tente d'enflammer l'élection du président de la commission de l'Union Africaine. Laurent Gbagbo, c'est de lui qu'il s'agit, ne s'est pas embarrassé de formules diplomatiques pour attaquer violemment la candidature de l'ancien président malien, Alpha Oumar Konaré, à la présidence de l'Union Africaine. Cette sortie de Gbagbo mardi lors de la présentation officielle de la candidature de son compatriote Amara Essy, confirme la réputation du président ivoirien, connu pour ses déclarations maladroites.
Gbagbo décrète, sans sourciller, que la présidence de l'Union Africaine est "un poste subalterne" qui doit revenir de "droit à des diplomates de carrière". Le président ivoirien semble oublieux de l'exemple patent et frais dans les mémoires - sauf si on est frappé d'amnésie - de l'élection de l'ancien président sénégalais, Abdou Diouf au poste de secrétaire général de la Francophonie.
Soutenir son candidat est un droit inaliénable du président ivoirien. Il peut le faire autrement et de façon beaucoup plus intelligente, sans froisser un pays voisin, ami et même frère. Mais pour qui connaît l'homme, la méthode brutale qu'il a choisie pour combattre la candidature malienne, n'est guère surprenante. N'a-t-il pas ruiner, dès son accession au pouvoir, le fragile équilibre social qui constituait le socle de la paix dans son pays ?
Sa gestion de la crise qui déchire la Côte d'Ivoire depuis le 19 septembre 2002 défie le bon sens. Il n'a rien trouvé d'autre qu'à s'en prendre aux pays voisins, au risque de se retrouver avec une guerre transfrontalière sur les bras. Parallèlement, ses sbires, les fameux escadrons de la mort, donnaient une chasse sanglante, à Abidjan, à tous ceux qui avaient un nom à consonance nordiste.
Tout comme il a perdu son sang-froid après l'éclatement de la crise le 19 septembre 2002 - ses déclarations à son retour d'Italie le corroborent -, Gbagbo semble avoir perdu les pédales devant les nombreux points engrangés par la candidature malienne. Le président ivoirien n'ignore pas qu'entre son poulain et Alpha Oumar Konaré, il n'y a pas match.
Les deux candidats doivent d'abord en découdre au plan sous-régional. Et Gbagbo sait que son poulain ne fait pas le poids. L'Afrique de l'Ouest doit présenter deux candidats dont une femme aux différents postes de commissaires de l'Union Africaine. Les 4 autres sous-régions en feront de même. Selon nos sources, l'Afrique de l'Ouest s'apprête à présenter la candidature de l'ancien président malien. La candidature féminine viendra du Nigeria. Celle de l'ancien ministre des Affaires étrangères de Côte d'Ivoire et actuel président de l'Union Africaine par intérim, devait être retirée incessamment. Mais la sortie de Gbagbo met ce scénario à l'eau et démontre la volonté des Ivoiriens à croiser le fer avec le Mali sur ce dossier. Le président ivoirien a d'ailleurs mis son avion présidentiel à la disposition de M. Essy pour ses déplacements de campagne.
La diplomatie malienne ne reste pas non plus les bras croisés. Selon le quotidien national, des contacts ont été pris au plus haut niveau sur le continent et des messages envoyés à de nombreux chefs d'Etat. Citant l'AFP, l'Essor révèle que le ministre de la Sécurité intérieure et de la Protection civile, Souleymane Sidibé, a séjourné, la semaine dernière, à Addis Abeba, porteur d'un message du président ATT sollicitant le soutien du président éthiopien, Meles Zenawi, à la candidature de Alpha Oumar Konaré.
L'ancien président ne demeure pas en reste. Il était à Tunis le week-end dernier dans le cadre d'une tournée africaine. Auparavant, il était à Alger les 11 et 12 mai derniers, où le président algérien, Abdoul Aziz Bouteflika, l'a assuré de son soutien. Le poids de la diplomatie algérienne est un apport non négligeable. A l'invitation du président nigérian, Olesegun Obasanjo, il s'est envolé pour Abuja. Le soutien du Nigeria semble acquis à Alpha.
L'engagement panafricaniste de l'ancien président malien, qui n'a pas ménagé ses efforts dans le processus de création de l'Union Africaine, constitue un atout que ses anciens pairs lui reconnaîtront sûrement. Alpha a été l'un des plus grands thuriféraires du projet de création de la nouvelle organisation panafricaine. Son engagement aux côtés de Moammar Kadhafi - considéré comme le père du projet - pour donner corps à l'Union Africaine, permettra à Alpha d'emporter l'adhésion du guide libyen à sa candidature. L'excellente relation qu'entretient notre pays avec la Libye - la récente visite de Kadhafi au Mali en est une illustration - laisse croire que la Libye choisira la candidature malienne. Le poids de la diplomatie libyenne sur le continent n'est guère un mystère.
Ce ne sont pas les rodomontades du président ivoirien qui empêcheront Alpha de triompher à Maputo en juillet prochain. Manifestement, les bons points glanés par la candidature malienne gênent Gbagbo. En attestent les arguments filandreux qu'il oppose à la candidature de l'ancien président du Mali. Pour lui, "la candidature d'un ancien chef d'Etat va jouer sur les campagnes présidentielles dans les pays africains". Il prétend que "tout président verra dans ce candidat un rival futur au sortir de son mandat". Allez comprendre ce raisonnement.
Bréhima A. Touré
Accueil
Redacteur en chef
Retour à Média Mali
© 2003- Le Reflet, journal malien d'informations générales, d'analyse et d'investigation - Directeur de publication : Abdoul Karim Dramé
Dernière mise à jour 10/05/03 - M. Talata